Je vais être honnête : quand j’ai lancé Ballad of a Small Player, je savais déjà que le casino serait au centre de l’histoire.
Ce que je ne savais pas encore, c’est que le film allait finalement parler de tout sauf de la façon de gagner.
Et c’est précisément ce qui m’a intéressé.
Edward Berger nous emmène à Macao, dans les casinos, les hôtels luxueux et les rues éclairées au néon, pour suivre Lord Doyle, interprété par Colin Farrell. Un homme qui joue beaucoup, qui doit beaucoup, et qui semble surtout courir après quelque chose qu’il ne pourra probablement jamais rattraper.
Moi, ce genre de personnage m’intéresse davantage qu’un joueur qui vient simplement chercher le jackpot.
Parce qu’au casino, le vrai spectacle n’est pas toujours sur la table.
Un film de casino sans recette miracle
Je préfère le préciser tout de suite : vous ne trouverez pas dans Ballad of a Small Player la fameuse technique secrète qui permettrait de battre la roulette.
Et c’est très bien comme ça.
Doyle est un joueur compulsif. Il joue, perd, recommence et s’accroche à cette idée très humaine : la prochaine partie pourrait tout changer.
C’est précisément le piège.
Quand on commence à considérer la prochaine mise comme une solution à la précédente perte, on n’est plus vraiment dans le divertissement.
Le film montre assez bien cette mécanique.
Et contrairement à certains films de casino qui donnent envie de sortir immédiatement une chemise blanche et de chercher la table de baccarat la plus proche, Ballad of a Small Player montre surtout ce que le jeu peut coûter.
Pas seulement en argent.
Colin Farrell, ou l’art de perdre avec élégance
Colin Farrell porte une énorme partie du film sur ses épaules.
Son personnage a tout du type que vous pourriez croiser dans un casino : costume impeccable, confiance apparente, langage maîtrisé.
Sauf qu’en dessous, tout part en morceaux.
C’est ce contraste que j’ai trouvé intéressant.
Doyle donne l’impression de contrôler son existence alors qu’il passe son temps à essayer de repousser l’inévitable.
Il ne joue pas uniquement pour gagner.
Il joue pour oublier.
Et ça change complètement la manière de regarder les scènes de casino.
Macao est presque un personnage
S’il y a bien une chose que je retiens du film, c’est Macao.
La ville est magnifique, étrange, artificielle par endroits et pourtant extrêmement vivante.
Les casinos gigantesques côtoient les rues plus anciennes, les hôtels luxueux et les quartiers beaucoup moins clinquants.
C’est exactement le genre d’endroit que j’aime observer.
Parce qu’un casino ne se résume jamais à ses tables.
Il y a son architecture, ses lumières, ses restaurants, ses clients, son personnel, les hôtels autour, les rues qui l’entourent…
Et surtout cette drôle d’impression de vivre dans une bulle où le temps et l’argent ne fonctionnent plus tout à fait comme ailleurs.
Ballad of a Small Player exploite très bien cette sensation.
Ce que le film raconte vraiment
À première vue, on pourrait croire que le film raconte l’histoire d’un joueur endetté.
En réalité, je pense qu’il raconte surtout une fuite.
Doyle fuit son passé.
Il fuit ses dettes.
Il fuit probablement une partie de lui-même.
Et le casino devient le décor idéal pour cette fuite.
Chaque partie lui donne quelques minutes supplémentaires avant de devoir affronter la réalité.
C’est là que le film devient intéressant.
Parce que la question n’est finalement pas :
« Est-ce que Doyle va gagner ? »
La vraie question est plutôt :
« Jusqu’où peut-il continuer à courir ? »
Le baccarat, star discrète du film
Je ne vais pas vous mentir : le baccarat reste évidemment l’un des éléments qui m’ont attiré.
J’aime ce jeu pour une raison assez simple : il possède une atmosphère particulière.
Peu de gestes.
Peu de bruit.
Une table.
Des cartes.
Et cette petite tension qui apparaît au moment où les cartes sont retournées.
Mais le film ne transforme jamais le baccarat en formule magique.
Et heureusement.
Les probabilités restent les probabilités.
Aucune série de pertes ne signifie qu’une victoire « doit » arriver. Une table ne vous doit rien. Et aucune stratégie de progression des mises ne transforme mathématiquement un jeu défavorable en machine à billets.
La maison garde son avantage.
Je préfère le rappeler, parce que c’est beaucoup moins sexy qu’une promesse de richesse, mais beaucoup plus vrai.
Une ambiance plus importante que l’action
Si vous cherchez un film avec des braquages, des fusillades et des scènes de casino toutes les cinq minutes, vous risquez de trouver le temps long.
Ballad of a Small Player est beaucoup plus contemplatif.
Il prend son temps.
Il observe son personnage.
Il nous fait passer d’un hôtel à une table de jeu, d’une rue de Macao à un autre établissement, et installe progressivement une atmosphère presque hypnotique.
Personnellement, c’est ce que j’ai apprécié.
Je préfère parfois un film qui me donne envie de regarder le décor plutôt qu’un film qui essaie de me faire retenir mon souffle toutes les trente secondes.
Et Tilda Swinton ?
Tilda Swinton apporte évidemment quelque chose de particulier au film.
Son personnage, Cynthia Blithe, contribue à cette atmosphère étrange qui entoure Doyle.
Avec elle, le film devient progressivement moins prévisible.
On commence à se demander ce qui relève réellement de la réalité, de la perception du personnage ou de quelque chose de plus symbolique.
Et je vais m’arrêter là.
Je ne vais pas vous gâcher le film.
Parce que certaines choses sont nettement plus intéressantes quand on les découvre soi-même.
Est-ce que je recommande le film ?
Je dirais : oui, mais pas pour les mêmes raisons que vous pourriez imaginer.
Si vous aimez les films de casino uniquement pour les parties de cartes, les grosses mises et le glamour, vous risquez d’être déçu.
En revanche, si vous aimez les films qui utilisent le casino comme décor pour parler de l’argent, de l’addiction, de la solitude, de la culpabilité et de la fuite, alors vous avez probablement quelque chose à regarder.
Colin Farrell est convaincant.
Macao est magnifique.
La photographie est travaillée.
Et l’ambiance est suffisamment particulière pour que le film reste en tête après le générique.
Mon avis de Danny
Ce que j’ai aimé dans Ballad of a Small Player, c’est qu’il ne cherche pas à vous vendre le rêve du casino.
Il vous montre plutôt ce qui se passe quand le rêve devient une obsession.
Et ça, c’est beaucoup plus intéressant.
Je continue de penser qu’un casino mérite d’être regardé pour tout ce qu’il raconte : son architecture, son histoire, ses joueurs, ses codes, les villes qui l’entourent et la psychologie qui se joue autour des tables.
Mais il faut garder une chose en tête.
Le casino n’est pas votre ami.
Il est conçu pour vous faire rester.
À vous de savoir pourquoi vous êtes venu.
Et surtout, combien vous êtes prêt à perdre.
Comme je le dis toujours :
« La maison gagne toujours. Autant savoir à quoi on joue. »
La fiche de Danny
Film : Ballad of a Small Player
Réalisation : Edward Berger
Avec : Colin Farrell, Fala Chen, Tilda Swinton
Genre : Drame, thriller psychologique
Lieu principal : Macao
Adapté de : The Ballad of a Small Player de Lawrence Osborne
Mon niveau de curiosité casino : élevé
Mon nombre de jetons misés pendant le film : zéro.